Coinbase met ses actions tokenisées sur Base. Celui qui les achète en DeFi n'a, par défaut, ni droit de vote ni droit de rachat.
Quand on achète une action chez un courtier, on n'a presque jamais l'action à son nom. Le courtier la détient pour le compte de ses clients, et ce qui fait de quelqu'un un actionnaire n'est pas la ligne affichée sur son relevé : c'est une inscription sur un registre tenu ailleurs, par une entité dont c'est le métier. C'est ce registre, et lui seul, qui décide qui encaisse le dividende, qui vote à l'assemblée générale, et qui peut réclamer le titre. Le compte n'est que l'endroit où on regarde ; le registre est l'endroit où on existe.
Depuis le 24 août 2026, Coinbase émet un titre où ce registre existe toujours, tenu à Abou Dhabi par une entité de son propre groupe, mais où celui qui achète le jeton sur la blockchain n'y est pas inscrit, et n'y sera inscrit que si l'émetteur le décide.
Un certificat, un véhicule dédié, et un registre à Abou Dhabi
Le titre s'appelle NVDAc, AAPLc, METAc ou GOOGLc. Il n'est pas émis par Coinbase Global, mais par Coinbase Onchain SPV Ltd, société immatriculée à l'Abu Dhabi Global Market le 17 juin 2026 sous le numéro 37941, sans aucun salarié, filiale à cent pour cent du groupe. Les actions qui le couvrent sont détenues chez Alpaca Securities LLC, courtier-dépositaire enregistré auprès de la SEC et membre de la FINRA et de la SIPC.
Le registre des prospectus approuvés de l'autorité financière d'Abou Dhabi ne classe pas ces objets en actions. Il les inscrit en « Certificates over Shares », certificats sur actions, sous le nom de NVIDIA CB Certificates, prospectus primaire approuvé le 4 août 2026. C'est un constat que CDR a déjà publié le 19 août en comptant les attributs de l'action que la tokenisation avait rattrapés : prix, garantie, dividende, accès, horaires, vote. Six sur sept avaient une réponse opérationnelle. Restait le septième, le seul qui ne se règle pas par du logiciel, et le prospectus donne sa réponse. Le document lu ici est celui des NVIDIA CB Certificates ; les trois autres titres sont émis par le même véhicule, et leurs prospectus n'ont pas été consultés.
Le titre légal est inscrit dans un registre légal tenu par Onchain Marketplace Ltd, entité agréée par le régulateur d'Abou Dhabi pour exploiter un dépositaire central de titres. Ce registre est, selon le texte, le document définitif de la propriété. Les jetons qui circulent sur Base ne sont pas ce registre : le prospectus écrit qu'ils ne constituent pas des titres distincts et servent uniquement d'infrastructure opérationnelle. La blockchain affiche la position. Elle ne la constitue pas.
Trois dates suffisent à situer notre propre couverture, et il n'y a pas de raison de les cacher. Le 17 juin, CDR relayait la promesse de l'annonce : « Les détenteurs reçoivent automatiquement les dividendes et conservent leurs droits d'actionnaire. » Le 19 août, CDR nommait l'écart entre cette promesse et ce que le registre du régulateur inscrit. Le 25 août, le prospectus ouvert dit ce que cet écart contient.
Deux classes de porteurs, une seule accessible en DeFi
Le prospectus sépare les porteurs en deux. Les « Vested Holders » ont satisfait des conditions de vérification et sont inscrits au registre légal comme propriétaires. Les « Unvested Holders » ne le sont pas, et pour eux le texte est sans ambiguïté : l'émetteur ne leur reconnaît aucun droit sur les titres tant qu'ils n'ont pas franchi ces conditions. C'est l'émetteur qui est inscrit comme propriétaire de leurs titres, qu'il détient en fiducie pour leur compte.
La phrase qui décide de tout est ailleurs, dans la même section. Toute personne autre qu'un participant autorisé ne peut acquérir les titres que sur des réseaux blockchain ou des marchés décentralisés, et les détiendra comme porteur non vesté tant qu'elle n'aura pas satisfait les conditions. Autrement dit : l'acheteur qui passe par un marché décentralisé, celui à qui la composabilité est vendue, entre par la seule porte qui ne donne aucun droit. Pas de vote, pas de rachat, pas d'accès au sous-jacent.
Le vote existe pourtant, et c'est la précision qui compte. Il est réservé aux porteurs vestés, et l'émetteur s'engage seulement à s'efforcer de voter selon leurs instructions écrites, sous réserve du droit applicable et de limites pratiques. C'est exactement la conditionnalité que nous avions signalée le 19 août sur le vote par procuration ouvert aux détenteurs éligibles d'un autre émetteur. Ce que ce prospectus ajoute, c'est qu'elle n'y est pas une réserve de bas de page. Elle est l'architecture du titre.
Le franchissement se démontre à la satisfaction de l'émetteur agissant à sa discrétion exclusive et absolue. Les conditions peuvent changer après coup, y compris pour quelqu'un qui les avait déjà satisfaites, et le prospectus liste alors le gel ou la confiscation des titres parmi les conséquences possibles. Un transfert vers une juridiction où l'offre n'a pas été approuvée peut conduire au gel des titres au niveau du contrat, ce qui prive le porteur de tout bénéfice économique. Le standard technique de Base porte d'ailleurs, dans sa spécification, une fonction de saisie qui contourne les autorisations et les politiques de transfert, et sa documentation d'intégration précise qu'il ne comporte aucun verrou temporel.
Le dividende arrive, moins trente-cinq points
Le mécanisme qui remplace le versement du dividende est une bonne idée d'ingénierie. Un jeton B20 porte un multiplicateur, et la documentation de Base prévient qu'un jeton n'équivaut pas définitivement à une action : il faut appliquer le multiplicateur courant pour convertir. Quand un dividende tombe, il n'est pas distribué en espèces, il sert à acheter des actions supplémentaires et le multiplicateur monte. La position ne bouge pas en nombre de jetons, elle monte en valeur. C'est précisément ce qui permet à un prêt adossé à ces jetons de survivre à un détachement de coupon sans être liquidé.
Ce que le multiplicateur transporte est moins confortable. Le prospectus prélève des frais de distribution de 5,0 % sur la valeur brute de tout dividende, avant toute retenue et avant réinvestissement. La retenue à la source américaine s'applique par ailleurs au taux de 30 % pour les porteurs non américains, sauf convention fiscale, et se déduit également avant réinvestissement. Deux prélèvements, tous deux calculés sur le brut, soit trente-cinq points de dividende qui ne se retrouvent jamais dans le multiplicateur. Les frais de création et de rachat, eux, sont négligeables : un point de base à l'entrée, cinq à la sortie.
Au 25 août 2026, le multiplicateur de NVDAc vaut exactement un. Le mécanisme de divergence est en place, il n'a pas encore servi.
Ce que la composabilité pèse, deux jours après
Au bloc Base 50 420 805, le 25 août 2026, l'encours s'établit à 7 465,19 NVDAc, 3 477,73 AAPLc, 3 474,51 GOOGLc et 1 892,19 METAc, soit environ 4,9 millions de dollars aux prix des marchés décentralisés. Le plafond d'émission de NVDAc est fixé à la borne technique maximale, ce qui revient à ne pas en poser.
L'activité est réelle. Le pool NVDAc contre USDC sur Aerodrome porte environ 1,05 million de dollars de réserves, et plus de 6 millions de dollars y ont été échangés sur les vingt-quatre heures précédant le relevé du 25 août 2026. La physionomie du reste est plus parlante : les deux pools qui suivent immédiatement n'apparient pas l'action Nvidia tokenisée à un stablecoin ni à de l'ether, mais à de petits jetons de Base, et le plus profond des deux est lui-même un jeton B20. Le premier usage de masse du titre n'est pas le collatéral, c'est la contrepartie de cotation.
Sur le collatéral, justement, l'écart avec l'argumentaire mérite d'être posé. Le lancement met en avant les marchés de prêt, et l'action tokenisée est déjà acceptée en garantie chez Binance et OKX. Du côté du principal marché monétaire décentralisé de Base, l'état au 25 août 2026 est le suivant : la liste des réserves du contrat Aave V3 sur Base ne comporte aucun de ces quatre jetons, et aucun fil de gouvernance Aave ne les mentionne. Absent de ces deux surfaces à cette date, ce qui ne préjuge ni d'une instance distincte ni des semaines qui viennent.
Ce qui se vérifiera
Le prospectus est valide jusqu'au 3 août 2027, et tout changement significatif oblige l'émetteur à publier un prospectus supplémentaire soumis à l'approbation du régulateur. C'est la première échéance datée du dossier.
Trois autres repères se liront sans avoir à croire personne. Le premier relèvement du multiplicateur, qui montrera ce que le porteur touche réellement d'un dividende Nvidia après les deux prélèvements. L'apparition, ou non, d'un de ces jetons dans les réserves d'un marché monétaire décentralisé, avec le débat de gouvernance qui l'accompagnera. Et l'approbation, ou non, d'un prospectus du même type par un régulateur situé hors d'Abou Dhabi, qui dirait si ce montage est un produit local ou un standard.
Le véhicule, lui, ne prétend pas gagner d'argent. Il projette 120 000 dollars de revenus sur douze mois contre 2 916 000 dollars de coûts, soit une perte d'environ 2,8 millions, couverte par une ligne de crédit de 3 millions consentie par une autre filiale du groupe. C'est la structure normale d'un véhicule d'émission, pas un signal sur la santé de sa maison mère. Cela dit simplement où se trouve la solidité du montage : dans la volonté du groupe de le financer.
Questions fréquentes
Une action tokenisée Coinbase donne-t-elle droit de vote ?
Pas par défaut. Le prospectus approuvé le 4 août 2026 écrit que les porteurs n'ont pas de droit de vote direct sur l'action sous-jacente, et réserve toute instruction de vote aux seuls porteurs vestés, l'émetteur s'engageant à s'efforcer de voter en conséquence. Qui achète le jeton sur un marché décentralisé est non vesté tant qu'il n'a pas satisfait des conditions appréciées par l'émetteur à sa discrétion exclusive.
Le dividende est-il versé aux détenteurs ?
Pas en espèces. Il est encaissé par l'émetteur, amputé de 5,0 % de frais de distribution et de 30 % de retenue à la source américaine pour les porteurs non américains, puis réinvesti en actions supplémentaires. Cela se traduit par un relèvement du multiplicateur du jeton, jamais par un versement au porteur.
Qu'est-ce que le standard B20 de Base ?
Une extension du standard ERC-20 propre à Base, activée avec le hardfork Beryl le 25 juin 2026 à 18h00 UTC. Ses jetons sont des précompilés natifs de la chaîne, et non des contrats déployés un par un : ils partagent une implémentation unique auditée. Le standard embarque des pouvoirs d'émetteur nommés, dont la pause par fonction, des politiques de liste blanche ou noire et une fonction de saisie qui contourne les autorisations de transfert. Il ne comporte aucun verrou temporel.
Ces jetons sont-ils accessibles depuis les États-Unis ?
Non. L'offre est réservée aux personnes situées dans des juridictions éligibles hors des États-Unis. Le prospectus prévoit qu'un transfert vers une juridiction où l'offre n'a pas été approuvée puisse conduire au gel des titres au niveau du contrat.
Crypto Deep Research, 25 août 2026. Cet article est une analyse d'infrastructure et ne constitue ni un conseil en investissement ni une recommandation d'achat ou de vente.
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