La Corée internationalise le won, sur des rails tokenisés et hors du dollar
Jusqu'ici, un investisseur étranger ne pouvait pas détenir de won hors de Corée. La devise restait enfermée derrière le contrôle des changes de Séoul, classée comme une monnaie régulée que l'on ne règle pas librement au-delà des frontières. Le 19 juillet 2026, le ministère coréen de l'Économie et des Finances a publié une feuille de route pour lever cette barrière. Le point notable n'est pas la décision, c'est la méthode : la Corée internationalise sa monnaie directement sur des rails tokenisés, et hors de la zone dollar.
Ce que Séoul a annoncé
La feuille de route tient en trois mesures.
D'abord, un réseau de règlement offshore logé à la Banque de Corée, ouvert en continu. Un investisseur étranger pourra détenir et régler du won via une institution financière étrangère enregistrée, sans ouvrir de compte dans une banque coréenne. Un pilote démarre en septembre 2026, le lancement officiel est prévu en janvier 2027. En parallèle, Séoul relâche ses contrôles de capitaux : les seuils de déclaration préalable des mouvements en won sont plus que doublés.
Ensuite, une base légale pour émettre un stablecoin libellé en won, encadrant sa création et sa circulation.
Enfin, un pilote de tokenisation des obligations d'État, adossé à la monnaie numérique de banque centrale de gros.
La plomberie tourne déjà
Ces trois chantiers auraient pu rester sur le papier. Ce qui change la donne, c'est qu'une brique fonctionne déjà. La même semaine, la Banque de Corée a fait passer son deposit token aux transactions réelles.
Ce deposit token, développé sous le nom de Projet Han River, associe une monnaie émise par les banques et la monnaie numérique de banque centrale de gros. Sa deuxième phase, lancée en mars 2026, réunit neuf banques. Et son premier cas d'usage n'est pas un test de laboratoire : le décaissement du budget de l'État, 110 000 milliards de wons de subventions, soit environ 73 milliards de dollars. Le terrain concret vise les aides à la construction de bornes de recharge électrique, où les fonds versés à l'opérateur retenu prennent la forme de deposit tokens fléchés, dépensables par lui seul. Selon Yonhap, le test de transactions réelles à grande échelle démarre dès septembre.
C'est la pièce qui relie le tout. La même monnaie numérique de gros qui décaisse le budget servira à faire circuler les obligations d'État tokenisées, qui pourront ensuite être projetées à l'étranger via le règlement offshore.
Titre DISTINCT du H1 et du chapô (loi 37d). Design CDR sombre canonique. -->Pourquoi c'est notable
Une devise de marché émergent, longtemps corsetée par son contrôle des changes, construit son internationalisation directement sur des rails tokenisés. La tokenisation de la dette d'État n'est pas neuve : elle figurait déjà dans la feuille de route mi-juillet, avec l'ambition d'exécuter un quart des paiements du Trésor en actifs numériques d'ici 2030. Ce que le texte du 19 juillet ajoute, c'est de relier ces briques et d'y brancher l'international. Si l'exécution suit, le dispositif devient un modèle que d'autres devises régulées d'Asie pourront reprendre. C'est la même ligne de faille que celle décrite dans notre analyse de la fracture entre dollar et euro numérique, vue cette fois depuis un troisième bloc monétaire.
Un point mérite d'être corrigé. La feuille de route évoque l'arrimage du won au projet Agora de la Banque des règlements internationaux, et plusieurs reprises y ont vu une adhésion nouvelle. C'est faux : la Banque de Corée est membre fondateur d'Agora depuis avril 2024, avec six autres banques centrales dont la Banque de France, la Banque du Japon et la Réserve fédérale de New York. Séoul ne rejoint pas ce projet, elle y branche sa nouvelle infrastructure.
Les limites
Rien n'est joué. Le won pèse encore peu dans les paiements mondiaux : le rendre convertible ne le transforme pas en monnaie de réserve. Le stablecoin won n'est pour l'instant qu'une base légale, pas un actif émis, et son calendrier dépend du vote de la loi. L'essentiel du dispositif s'étale sur 2027. Enfin, ouvrir la convertibilité expose Séoul à une volatilité qu'elle contrôlait, et le Projet Han River lui-même a frôlé la suspension en 2025, faute d'engagement des banques.
Deux échéances diront si le plan passe de l'annonce à l'exécution : le test de transactions réelles de septembre, et le calendrier légal de 2027.
FAQ
La Corée du Sud rejoint-elle Project Agora ?
Non. La Banque de Corée est membre fondateur du projet Agora de la Banque des règlements internationaux depuis avril 2024, avec six autres banques centrales. La feuille de route du 19 juillet 2026 n'ajoute pas la Corée au projet : elle y branche sa nouvelle infrastructure (règlement offshore, stablecoin won, obligations tokenisées).
Qu'est-ce que le Projet Han River ?
C'est le pilote coréen de deposit token bancaire et de monnaie numérique de banque centrale de gros. En phase 2 depuis mars 2026 avec neuf banques, il teste le décaissement programmable du budget de l'État, à hauteur de 110 000 milliards de wons de subventions, en commençant par les aides aux bornes de recharge électrique.
Le stablecoin won est-il déjà lancé ?
Non. La feuille de route établit la base légale d'émission et de circulation d'un stablecoin libellé en won. Aucun actif n'est encore émis, et le calendrier dépend du vote de la loi.
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