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Un nombre figé depuis 2015 tient debout des milliers d'applications Ethereum. Il ne sera plus vrai pour tout le monde

Depuis 2015, envoyer de l'ether coûte exactement 21 000 gas, et des milliers d'applications ont écrit ce nombre en dur dans leur code : la mise à jour Glamsterdam le fait dépendre de l'existence du destinataire, et la Fondation Ethereum prévient les portefeuilles avant l'activation.

Un prix qui ne bouge pas pendant onze ans cesse d'être lu comme un prix. Les systèmes qui l'utilisent arrêtent de le demander et l'écrivent en dur, parce qu'un nombre stable est plus commode qu'une question posée à chaque fois. Le tarif devient une constante, la constante devient une hypothèse, et l'hypothèse finit par porter des murs. Personne ne l'a décidé : c'est la stabilité elle-même qui a fait le travail. Or ce tarif unique payait deux choses de nature opposée, ce qui se consomme et disparaît, et ce qui reste après le départ du client. Tant qu'un seul chiffre couvre les deux, rien ne distingue le passage du séjour. Le jour où on sépare les deux, ce ne sont pas les calculs qui se trompent, ce sont les milliers d'endroits où la question avait cessé d'être posée. Sur Ethereum, ce nombre est 21 000, il tient depuis 2015, et la Fondation vient d'annoncer qu'il ne sera plus universel.

Ce qui change, et ce qui ne change pas

Le nombre ne disparaît pas. Il cesse d'être universel, et la nuance décide de qui doit agir.

Un envoi d'ether vers une adresse qui possède déjà un compte coûtera toujours 21 000 unités après la mise à jour Glamsterdam. La Fondation Ethereum l'écrit noir sur blanc dans son annonce du 17 août 2026 : un transfert vers un compte qui existe déjà coûte encore 21 000. Ce qui bascule, c'est l'envoi vers une adresse jamais vue par le réseau. Il faut alors créer un compte, et le conserver sur chaque machine du réseau pour toujours. Cette création est facturée 183 600 unités d'une seconde monnaie de compte, le state-gas, qui n'existait pas la veille. Total payé par l'expéditeur : 204 600 au lieu de 21 000, soit 9,74 fois l'ancien forfait.

Troisième cas, dans l'autre sens : une transaction qui ne transporte aucune valeur tombe à 15 000. Le forfait unique éclate en trois morceaux facturés séparément, 12 000 pour l'inclusion et la signature, 3 000 pour toucher le compte destinataire, 6 000 pour lui écrire un solde. Douze plus trois plus six font toujours vingt et un. C'est la composition qui change, et c'est elle qui autorise à facturer chaque morceau à son coût.

cryptodeep.io
Ethereum · Glamsterdam · testnet le 20 août 2026
Le même transfert, deux prix, selon que le destinataire existe
Unités de gas payées par l'expéditeur. Barres à l'échelle du cas le plus cher.
Transaction sans transfert de valeur 15 000
Transfert d'ether, compte existant 21 000
12 000 inclusion · 3 000 accès au destinataire · 6 000 écriture du solde
Transfert d'ether, compte inexistant 204 600
21 000 d'exécution · 183 600 de state-gas, soit 120 octets de compte neuf à 1 530 par octet
Facteur 9,74x sur la création de compte Emplacement de stockage neuf : 97 920
Le bloc ne cumule pas les deux compteurs, son en-tête retient le plus élevé des deux. Propositions EIP-2780 et EIP-8037, non finalisées au 19 août 2026 · Snapshot · cryptodeep.io

Pourquoi le réseau se met à compter deux fois

Le calcul se consomme et s'efface. L'état, c'est-à-dire l'ensemble des comptes, des soldes et des données de contrats, reste sur chaque machine du réseau indéfiniment. Facturer les deux dans la même unité revenait à faire payer au même tarif une minute de processeur et une occupation permanente de disque. Le désalignement était grossier : déployer du code coûtait environ 200 unités par octet quand un emplacement de stockage neuf en coûtait 313, pour la même charge permanente.

La mesure qui a déclenché la réforme est dans l'EIP-8037, la proposition qui institue cette seconde dimension. Après le passage de la limite de gas par bloc de 30 à 60 millions, la production d'état neuf est passée de 105 à 326 MiB par jour. Doubler la capacité a triplé l'état produit. Sans intervention, le texte projette 387 GiB par an à une limite de 200 millions, contre une cible d'environ 120 GiB à 150 millions une fois la mesure appliquée.

Le nouveau tarif est unique et au poids : 1 530 unités par octet d'état neuf. Un compte pèse 120 octets, d'où les 183 600. Un emplacement de stockage neuf en pèse 64, soit 97 920. Détail qui compte pour quiconque lit des données de blocs : l'en-tête ne cumule pas les deux compteurs, il retient le plus élevé des deux. Un bloc peut donc être saturé sur une dimension et vide sur l'autre.

Qui doit agir, et avant quelle échéance

L'avertissement est explicite, et il est venu avant l'activation. Dans l'annonce de la Fondation Ethereum, une phrase vise nommément les outils : tout outil reposant sur une limite de gas figée, portefeuilles, indexeurs et estimateurs de frais, cassera et devra être mis à jour. L'EIP-8037 nomme un second chantier, celui des usines de déploiement déterministe, ces contrats qui garantissent qu'un même code obtient la même adresse sur toutes les chaînes compatibles. Le texte y met une restriction explicite : les réseaux où ces fabriques sont déjà déployées, réseau principal et couches deux incluses, ne sont pas concernés. L'obligation de régénérer les transactions pré-signées porte sur les réseaux neufs qui activeraient la règle dès leur genèse.

Le contraste avec Bitcoin est net. Là-bas, un correctif prêt pour quatre failles connues attend qu'on puisse l'activer. Ici, la mise à jour avance et son bailleur de fonds technique prévient trois jours à l'avance.

Le calendrier reste ouvert. Glamsterdam s'active le 20 août 2026 sur Platåberget, un testnet court, puis sur Sepolia et Hoodi, l'annonce visant quelques mois de stabilité sur ces réseaux longue durée avant le passage au réseau principal. Aucune date d'activation en réseau principal n'est fixée, et aucune des dix-neuf propositions inscrites au fork n'est au statut final au 20 août 2026. Le contenu de la mise à jour peut encore bouger.

Pour un détenteur qui n'écrit pas de code, le risque n'est pas le prix, c'est l'échec silencieux. Un portefeuille non mis à jour proposera une limite qui ne couvre plus l'opération, et la transaction échouera en consommant quand même les frais.

Le coût quitte l'usage et se déplace vers l'arrivée

On a écrit le 10 août qu'une chaîne ne vend pas du calcul mais de l'espace, et qu'elle en tire un loyer mesuré à 0,13 % par an de la valeur qu'elle porte. Un loyer suppose que le propriétaire tienne le local. L'état est ce local, et il ne se vide jamais. Glamsterdam est la première fois qu'Ethereum met un prix distinct sur son propre entretien à dix ans, au moment précis où toute la pression concurrentielle pousse à baisser les tarifs. Le réseau accepte de multiplier par 9,74 le nombre d'unités facturées sur une opération. La discipline est réelle, et elle est rare.

La lecture inverse s'appuie sur le même fait. Ce qui décuple, c'est exactement le geste par lequel un nouvel utilisateur entre : créer son compte. Distributions vers des adresses neuves, provisionnement de comptes par une application, onboarding de masse, tout cela prend le choc. Une chaîne qui renchérit l'arrivée pour garder le séjour bon marché parie sur sa base installée.

Ce pari se lit à la lumière de deux relevés CDR déjà publiés. Le 5 août, une mesure CDR des rails institutionnels donnait la part d'Ethereum dans les actifs du monde réel tokenisés à 50,8 % or compris, et à 40,5 % une fois l'or retiré, le fonds BUIDL ne conservant que 34 % de ses actifs sur Ethereum. Le même article posait la réserve qui va avec, et elle tient : un seul ticket suffit à faire basculer ces parts, ce sont des instantanés, pas une pente. Le 21 mai, on relevait par ailleurs qu'Ethereum L1 n'avait, à cette date, aucune fonction de protocole pour le transfert de stablecoin sans gas, là où Sui en avait une. Renchérir l'arrivée quand cette primitive manquait encore au dernier relevé est une tension réelle. Elle ne se tranche pas ici, elle se signale, et elle se mesurera à une seule chose : la quantité d'état neuf produite chaque jour après activation.

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Une hypothèse qui tient onze ans finit par porter des murs.
On suit le passage sur Sepolia et Hoodi, le maintien ou le retrait de l'EIP-8037 du fork final, et la seule mesure qui dira si la réforme fonctionne : l'état neuf produit chaque jour après activation. Chaque matin, la lecture CDR de la news qui compte.
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Questions fréquentes

Un transfert d'ether coûte-t-il encore 21 000 gas après Glamsterdam ?
Oui, si le destinataire a déjà un compte. La Fondation Ethereum l'écrit dans son annonce du 17 août 2026 : un transfert vers une adresse qui existe déjà coûte toujours 21 000. Ce qui change, c'est le transfert vers une adresse jamais vue, qui ajoute 183 600 unités de state-gas parce que le réseau doit créer et conserver un compte pour toujours. Le nombre ne disparaît pas, il cesse d'être universel.

Faut-il faire quelque chose quand on détient de l'ether sans écrire de code ?
Vérifier que son portefeuille et ses outils annoncent le support de Glamsterdam avant la phase Sepolia. Rien d'autre n'est à faire, et rien d'autre ne protège : une transaction envoyée depuis un outil resté sur l'ancienne hypothèse échoue en consommant les frais.

Quand Glamsterdam s'active-t-il sur le réseau principal d'Ethereum ?
Aucune date n'est fixée. Le fork s'active le 20 août 2026 sur le testnet court Platåberget, puis passe par les testnets Sepolia et Hoodi. Aucune des dix-neuf propositions inscrites au fork n'est au statut final : le contenu de la mise à jour peut encore changer.

Qu'est-ce que le state-gas, et pourquoi Ethereum en crée un ?
C'est une seconde unité de compte, réservée aux opérations qui créent de la donnée permanente : un compte, un emplacement de stockage, du code déployé. Elle existe parce que le calcul se consomme et disparaît, alors que l'état reste sur chaque machine du réseau pour toujours. Un seul tarif pour les deux ne freinait rien : après le passage de la limite de gas de 30 à 60 millions, la production d'état quotidienne est passée de 105 à 326 MiB, soit trois fois plus pour deux fois plus de capacité.