7 min read

Le Japon n'a délivré aucun nouvel agrément crypto pendant quatre ans. Le premier va à la filiale de Nomura.

Le 21 août 2026, le régulateur financier japonais a inscrit une nouvelle plateforme d'échange de crypto-actifs à son registre, la première depuis quatre ans, et ce n'est pas une entreprise crypto : c'est la filiale japonaise du bras actifs numériques de Nomura.

Un régulateur n'a pas besoin d'interdire un marché pour le fermer. Il lui suffit de cesser de délivrer les autorisations, sans jamais l'annoncer. La loi ne change pas, les critères restent publiés, le dossier de candidature reste téléchargeable, et plus personne n'entre. Rien n'est illégal, il n'y a pas de décision à contester, puisqu'il n'y a pas de décision. On ne s'en aperçoit qu'en regardant une chose que personne ne regarde : la date de la dernière ligne ajoutée au registre. Au Japon, cette date vient de bouger pour la première fois en quatre ans.

Ce que dit le registre, ligne par ligne

Exploiter une plateforme d'échange de crypto-actifs au Japon exige d'être inscrit à un tableau public, tenu depuis 2017 sous la loi sur les services de paiement. Le registre publié par l'Agence des services financiers porte, en tête, un décompte : 27 prestataires agréés au 21 août 2026. Sa dernière ligne est celle de Laser Digital Japan, numéro 00032 du bureau des finances du Kanto, six actifs autorisés, bitcoin, ether, XRP, bitcoin cash, litecoin et shiba inu.

Ce tableau a une propriété rare : chaque entité y porte son numéro et sa date d'enregistrement. Il se lit donc comme un relevé, et le relevé raconte une histoire que la couverture de l'agrément n'a pas racontée. La dernière inscription antérieure porte la date du 14 octobre 2022, au nom de Binance Japan, et c'est elle que toutes les reprises citent comme point de départ de la sécheresse. Sous cette ligne, le registre a une note de bas de page. Elle indique un ancien numéro, délivré par le bureau du Kinki, et une ancienne date : le 1er décembre 2017.

Autrement dit, l'entrée d'octobre 2022 n'est pas une autorisation nouvellement délivrée. C'est une licence de 2017 qui a changé de bureau et de numéro, celle de l'entité que Binance a rachetée pour entrer au Japon. Le dernier prestataire réellement nouveau à avoir rejoint le registre s'appelle Mercoin, filiale de Mercari, et il date du 17 juin 2022. Quatre ans et deux mois séparent cette ligne de celle de Laser Digital. Sur toute cette période, la seule entrée observée au registre s'est faite par le rachat d'une licence existante.

cryptodeep.io
Registre des prestataires d'échange de crypto-actifs · Japon
Quatre ans et deux mois sans une ligne de plus
Bureau des finances du Kanto · état du registre au 21 août 2026
17 juin 2022
Mercoin · numéro 00030
Dernier prestataire réellement nouveau inscrit au registre avant la sécheresse.
14 octobre 2022
Binance Japan · numéro 00031 pas une entrée neuve
La note de bas de page du registre renvoie à un ancien numéro délivré par le bureau du Kinki, daté du 1er décembre 2017. Licence existante transférée, pas autorisation nouvelle.
juin 2022 → août 2026
Aucune inscription
4 ans et 2 mois. Aucun moratoire publié, aucun communiqué de gel. Le guichet reste ouvert sur le papier.
21 août 2026
Laser Digital Japan · numéro 00032
Filiale du groupe Nomura. Six actifs autorisés : BTC, ETH, XRP, BCH, LTC, SHIB. Premier agrément neuf depuis juin 2022.
Prestataires agréés
27
au 21 août 2026, tous bureaux
Numéros émis, bureau du Kanto
32
pour 25 lignes encore au tableau
Sans nouvelle inscription
4 ans 2 mois
17/06/2022 au 21/08/2026
Source : FSA, registre des prestataires de services d'échange de crypto-actifs, état au 21 août 2026 · cryptodeep.io
Sept numéros du Kanto ne figurent plus au tableau

Le registre dit encore autre chose. Le bureau du Kanto a émis 32 numéros et n'en affiche plus que 25. Sept ne figurent plus au tableau. On ne peut pas conclure qu'ils ont tous été radiés, puisque la note de bas de page prouve qu'un numéro peut disparaître d'un bureau par simple déménagement. Mais l'ordre de grandeur est net : pendant que le guichet ne s'ouvrait pas, le registre se vidait.

Le premier entrant ne vient pas concurrencer le registre, il vient le fournir

Laser Digital a été créée en 2022 par Nomura Holdings comme filiale dédiée aux actifs numériques, avec trois métiers, la négociation, la gestion d'actifs et l'investissement en capital-risque. Son entité japonaise est celle qui vient d'être inscrite.

Ce qu'elle annonce vaut autant que l'agrément lui-même. Dans son propre communiqué, elle décrit un séquencement en deux temps : fournir d'abord des services aux prestataires japonais déjà agréés, pour améliorer la liquidité du marché, puis explorer des opportunités de négociation pour les investisseurs institutionnels du pays. Aucune offre de détail n'est annoncée, et six actifs cotés ne font pas une plateforme grand public.

Le premier entrant en quatre ans n'arrive donc pas en face des vingt-six autres. Il arrive en amont, comme fournisseur de liquidité de ceux qui étaient déjà là. La barre d'entrée que ce dossier vient de matérialiser n'est pas un niveau de conformité que d'autres pourraient atteindre en travaillant leur dossier. C'est un type d'acteur.

Le tri ne s'est pas fait par la loi, il s'est fait par l'instruction

Il y a un mois, le Japon votait la réforme qui fait basculer les crypto-actifs sous le régime des instruments financiers, celui des actions et des obligations. Nous avions écrit, en couvrant la bascule du Japon vers le régime des instruments financiers, votée le 15 juillet, que le coût de conformité du nouveau cadre resserrerait le marché autour des acteurs capables de l'absorber, banques, courtiers et assureurs en tête, plutôt qu'autour des plateformes crypto de taille moyenne.

Le resserrement est arrivé avant le texte censé le produire. La réforme prend effet sur l'exercice fiscal 2027, l'imposition séparative d'environ 20 % qui l'accompagne est projetée au 1er janvier 2028, et Laser Digital est inscrite sous la loi sortante, celle sur les services de paiement. La sélection ne s'est donc pas faite par la norme, puisque la norme n'est pas en vigueur. Elle s'est faite en amont, au stade de l'instruction du dossier, là où rien ne se publie.

C'est le levier dont on ne parle jamais. Un texte se commente, se conteste, s'attaque. Un dossier qui n'aboutit pas ne se conteste pas, parce qu'il n'y a rien à contester.

Ce qui n'est pas démontré, et comment on le saura

Deux lectures restent compatibles avec ce qu'on observe, et il faut les tenir toutes les deux. Soit l'instruction s'est durcie au point de bloquer les candidatures, soit il n'y a plus eu de candidats, parce qu'exploiter une plateforme japonaise ne payait plus. Notre article de juillet citait, en la donnant pour ce qu'elle est, une estimation relayée par un seul média et non recoupée, selon laquelle environ 90 % des plateformes japonaises opéreraient déjà à perte. Elle plaide pour la seconde lecture.

Aucune de ces deux hypothèses n'est démontrable aujourd'hui. La FSA n'a jamais publié de moratoire ni de communiqué de gel, et elle ne publie pas davantage le nombre de dossiers déposés. Il faut aussi se garder d'une généralisation commode : le guichet resté immobile est celui des plateformes d'échange, pas l'activité entière du régulateur, qui a par ailleurs donné son feu vert à d'autres produits pendant la même période. C'est précisément ce qui a rendu la sécheresse invisible.

Reste la demande, souvent invoquée pour expliquer l'arrivée de Nomura. L'enquête institutionnelle publiée le 16 avril 2026 par Nomura et Laser Digital eux-mêmes, menée auprès de 518 professionnels de l'investissement au Japon, indique que 79 % de ceux qui envisageaient déjà d'investir dans les crypto-actifs sous trois ans ont un plan d'investissement. Le chiffre est réel, son périmètre l'est aussi : c'est une part d'un sous-ensemble dont la taille n'est pas publiée, mesurée par le vendeur sur son propre marché.

Un agrément n'est pas un flux. Il n'y a ici ni encours, ni volume, ni rien qui se mesure. Ce dossier appartient au temps long des marchés régulés, celui où on gagne sur six ans, pas aujourd'hui.

cryptodeep.io
La question à se poser maintenant
Les décisions qui comptent ne sont pas toujours annoncées. Certaines se lisent dans la date de la dernière ligne d'un registre.
C'est le genre de document que nous ouvrons dossier par dossier, en source primaire. Recevez nos analyses, gratuitement.
Recevoir les analyses
Inscription gratuite. Les Insiders reçoivent en plus les dossiers complets et le suivi de thèse.
Crypto Deep Research
Recherche fondamentale indépendante

La question qui tranchera n'est pas de savoir si le Japon a rouvert. C'est de savoir combien de lignes le registre gagnera dans les douze prochains mois, et à qui. Une deuxième filiale bancaire dirait qu'une porte a été ouverte pour une catégorie. Un acteur natif dirait qu'elle a été ouverte pour tout le monde. Aucune ligne de plus dirait que celle du 21 août était une exception.

FAQ

Combien de plateformes d'échange de crypto-actifs sont agréées au Japon ?
27, au 21 août 2026, selon le registre publié par l'Agence des services financiers japonaise. 25 relèvent du bureau des finances du Kanto, 2 de celui du Kinki. L'inscription est obligatoire : exploiter une plateforme sans elle est une infraction pénale.

Est-ce vraiment le premier agrément depuis octobre 2022 ?
La couverture date la sécheresse d'octobre 2022 et de Binance Japan. Le registre dit autre chose : la ligne de Binance Japan porte une note indiquant son ancien numéro et son ancienne date d'enregistrement, le 1er décembre 2017. C'est une licence existante transférée d'un bureau régional à un autre, pas une autorisation nouvellement délivrée. Le dernier prestataire réellement nouveau est Mercoin, inscrit le 17 juin 2022, soit quatre ans et deux mois avant Laser Digital.

Laser Digital est-elle agréée sous le nouveau régime FIEA ?
Non. Son inscription est délivrée sous la loi sur les services de paiement, qui encadre les crypto-actifs au Japon depuis 2017. La réforme adoptée le 15 juillet 2026, qui les fait basculer sous le Financial Instruments and Exchange Act, prend effet sur l'exercice fiscal 2027, et l'imposition séparative d'environ 20 % qui l'accompagne est projetée au 1er janvier 2028.

Le Japon a-t-il rouvert son marché crypto aux nouveaux entrants ?
Une inscription ne suffit pas à l'établir. Aucun document public de la FSA n'a annoncé d'interruption des agréments, aucun n'annonce de reprise, et le nombre de dossiers déposés pendant la période n'est pas publié : l'hypothèse d'un guichet fermé et celle d'une absence de candidats sont toutes les deux compatibles avec ce qu'on observe. Le seul indicateur qui tranchera est le rythme des inscriptions suivantes, lisible mois après mois sur le même registre public.

Cette analyse est à visée informative, sans conseil en investissement. Crypto Deep Research distingue le fait, l'annonce et la projection, et cite ses sources primaires. Méthode et charte d'indépendance accessibles librement sur le site.