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Sur Polymarket, 152 portefeuilles gagnent 97,2 % de leurs paris militaires jugés improbables. Ce ne sont pas eux qui ont encaissé le plus.

Le 20 août 2026, une organisation de recherche a passé au crible tous les paris réglés de Polymarket et identifié 152 portefeuilles qui gagnent presque toujours sur des paris militaires jugés improbables, que d'autres joueurs ont recopiés en direct sur la blockchain.

Sur une place de paris tenue en registre public, chaque position prise est visible de tous, à la seconde. Cette propriété est vendue depuis l'origine comme la garantie d'intégrité du marché : personne ne peut tricher sans que ça se voie, et le contrôle est permanent parce qu'il est distribué. C'est l'argument qui sépare ce modèle d'un carnet d'ordres interne, où seul l'opérateur voit qui prend quelle position. Polymarket l'écrit sur sa page d'intégrité de marché : chaque transaction s'y règle « de façon permanente, publique, et visible par n'importe qui, n'importe où ». Un rapport publié le 20 août 2026 documente ce que cette visibilité produit quand l'information pariée est classifiée.

Ce que le rapport a réellement mesuré

L'Anti-Corruption Data Collective a passé au crible tous les marchés Polymarket réglés jusqu'au 5 mai 2026, soit 78 496 paris improbables placés par 12 355 portefeuilles. La méthode tient en deux seuils écrits : un pari compte comme improbable s'il porte au moins 2 500 dollars cumulés sur une heure, sur une issue cotée à 35 cents ou moins. Un portefeuille bascule dans la catégorie surveillée s'il parie sur très peu de marchés, très peu de sujets, et gagne plus de 75 % de ces paris.

Le résultat, sur les marchés militaires et de défense : 152 portefeuilles, 2 millions de dollars misés, 97,2 % de réussite, 8 millions de dollars de gains.

Ce taux de réussite ne prend son sens que contre sa référence. Le prix moyen de ces paris improbables est de 25 cents, ce qui devrait produire environ 25 % de réussite. Le taux réellement constaté, toutes catégories confondues, tombe à 13,1 %. Ces 152 portefeuilles sont donc à près de quatre fois ce que le marché juge possible, et à plus de sept fois ce que les parieurs obtiennent en pratique. C'est cet écart, et lui seul, qui les a fait retenir.

Les auteurs posent leur propre limite, et elle est franche. Ce profil ne prouve pas le délit d'initié. La chance pure reste une explication recevable, tous les initiés ne ressemblent pas à ce profil, et les données d'une blockchain ne disent ni qui contrôle un compte ni d'où vient son information. Ce que le travail produit n'est pas un verdict, c'est un entonnoir : il ramène une population de 12 355 portefeuilles à une liste de 152 qu'une autorité disposant du pouvoir d'assignation pourrait utilement examiner.

Les suiveurs ont gagné plus que les signaux

C'est la partie la plus structurante du rapport.

L'activité sur les marchés militaires connaît deux pics, alignés sur les frappes américaines et israéliennes contre l'Iran de juin 2025 et de février 2026. Les marchés concernés se sont réglés le 21 juin 2025 et le 28 février 2026. Dans les deux cas, l'ordre d'arrivée est le même : les paris de ces 152 portefeuilles précèdent ceux des gros comptes et des robots. Avant les frappes de juin 2025, un robot de trading a misé 200 000 dollars et un gros trader 100 000, dans le sillage d'un pari placé sur une action militaire américaine.

Personne n'a eu besoin de fuite pour cela. Il a suffi de lire la blockchain. Le rapport rappelle qu'il existe déjà des outils commerciaux d'alerte au risque d'initié, qui préviennent dès qu'un portefeuille au profil inhabituel prend position.

cryptodeep.io
Anti-Corruption Data Collective · 20 août 2026
Qui mise, qui gagne, dans les marchés militaires
Les trois catégories de portefeuilles qui placent des paris improbables sur les marchés militaires et de défense de Polymarket, et l'ordre dans lequel elles entrent.
01 · Orcas
152
portefeuilles
+132 %
rendement moyen
Prennent position en premier
02 · Whales
482
portefeuilles
−2 %
rendement moyen
Entrent après, misent bien plus gros
03 · Bots
166
portefeuilles
−1 %
rendement moyen
Entrent après, en automatique
1 432
portefeuilles longshot militaires, small fish inclus
97,2 %
réussite des Orcas
8 M$
de gains cumulés
2 M$
misés pour ces gains
Le meilleur rendement est du côté du signal. L'essentiel des profits est du côté des suiveurs.
Un profil statistique n'établit aucune infraction : les auteurs retiennent la chance pure comme explication recevable.
Snapshot · cryptodeep.io
Marchés réglés jusqu'au 05/05/2026

Et la répartition va à l'inverse de l'intuition. Le meilleur rendement est du côté du signal, avec une performance moyenne de 132 % contre des pertes de 2 % et 1 % pour les deux autres catégories. L'essentiel des profits, lui, est du côté des copieurs, simplement parce qu'ils sont mieux capitalisés. Copier une fuite est parfaitement légal. C'est aussi ce qui rapporte le plus.

Les auteurs poussent l'argument jusqu'à son terme, et il n'est plus financier : si des spéculateurs peuvent observer ces paris et réagir en temps réel, des armées et des services de renseignement le peuvent aussi. Un initié qui parie sur une opération confidentielle ne se contente pas de la monétiser, il la publie. Et la reprise par les suiveurs amplifie le signal, ce qui le rend d'autant plus difficile à passer inaperçu.

La plateforme mesurée est celle qui se laisse mesurer

Reste une précision que le rapport pose lui-même, et qui change la portée de tout le reste. L'analyse ne couvre que Polymarket Global. Polymarket US règle en dollars et son carnet d'ordres n'est pas transparent de la même manière. Les données de Kalshi au niveau du compte doivent être demandées à Kalshi, ses opérations étant tenues en interne, hors chaîne. Sur ces deux plateformes, identifier les mouvements entrants et sortants d'un compte individuel n'est pas possible.

Il ne se déduit rien de ce silence, dans aucun sens. Ni innocence, ni faute. On ne peut simplement pas regarder. Le classement qui sort de ce rapport n'est donc pas un classement de vertu : c'est un classement de visibilité.

Cette nuance prolonge une lecture posée ici en juin 2026, quand la prime de valorisation allait au modèle régulé plutôt qu'au modèle en chaîne. Elle reste vraie. Elle gagne seulement une explication : ce qui se laisse auditer se fait auditer, et ce qui se fait auditer prend les titres.

Ce qu'un registre public sait faire, et ce qu'il ne sait pas faire

En juin 2026, à propos de l'effondrement de Stream Finance, ce qui était en cause était que la donnée était publique et que personne ne l'avait lue. Le constat ne se renie pas, il monte d'un cran. Ici, la donnée a bien été lue, en direct, et par ceux qui savaient quoi en faire. Le défaut n'était pas l'attention. C'était l'asymétrie de ce que l'attention permet.

La transparence d'un registre n'est ni une garantie d'intégrité ni une faille de sécurité. C'est un choix de conception qui déplace le contrôle vers l'aval. Elle n'empêche pas l'abus au moment où il se commet ; elle le rend mesurable après coup, par n'importe qui, sans permission. C'est un mécanisme d'audit, jamais un mécanisme de police. Confondre les deux est l'erreur que le secteur répète depuis quinze ans.

Le rapport en est la démonstration par les deux bouts. Une organisation sans mandat, sans accès privilégié et sans coopération de la plateforme a produit une mesure de population sur 78 496 paris, avec des seuils publiés et reproductibles. Aucun marché opaque n'autorise ce travail.

Le remède proposé par les auteurs va pourtant dans l'autre sens. Ils recommandent la vérification d'identité par pièce officielle pour tous les parieurs, le paiement conditionnel des gains suspects, et la restriction ou l'interdiction pure et simple des catégories de marchés les plus exposées. Leur conclusion est explicite : seules des interdictions franches sur les segments à plus haut risque traitent le problème. Autrement dit, la réponse consiste à retirer au marché ce qui le définit.

L'aval est ouvert et daté. La CFTC, interrogée le 20 août, n'a pas commenté les conclusions, indiquant seulement qu'elle poursuivrait strictement les manquements et avait déjà porté des charges dans au moins trois affaires. Aucune saisine sur ce rapport n'était publique au 21 août 2026. Quant au seul dossier individuel abouti, il n'est pas jugé : un sous-officier des forces spéciales américaines fait l'objet de cinq chefs d'accusation, dont fraude sur commodities, annoncés le 23 avril 2026, à raison d'environ 409 881 dollars de gains sur des marchés liés au Venezuela. Selon les comptes rendus judiciaires parus début août, sa défense a déposé le 31 juillet une requête en irrecevabilité, plaidant que ces contrats ne sont pas des instruments financiers mais des paris. Aucune décision n'était rendue au 5 août 2026.

Pour toute plateforme qui demandera un agrément sur des issues géopolitiques, ce rapport devient le contre-argument par défaut. Avec une méthode chiffrée en face, et personne pour la contredire sur les deux concurrents qu'elle ne peut pas mesurer.

cryptodeep.io
Un registre public rend tout mesurable. Y compris ce que personne n'avait prévu de montrer.
On suit la suite du dossier : la requête en irrecevabilité, une saisine éventuelle de la CFTC, et les demandes d'agrément qui devront répondre à ce rapport. Chaque matin, la lecture CDR de la news qui compte.
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Questions fréquentes

Ces 152 portefeuilles ont-ils été reconnus coupables de délit d'initié ?
Non. Le rapport décrit un profil statistique, pas une infraction établie. Ses auteurs écrivent que ces caractéristiques peuvent avoir d'autres explications, dont la chance pure, que tous les initiés ne présentent pas ce profil, et que les données de la blockchain ne disent ni qui contrôle un compte ni d'où vient son information. Seule une autorité disposant du pouvoir d'assignation peut identifier un détenteur.

Le soldat américain inculpé en 2026 fait-il partie de ces 152 portefeuilles ?
Non. Gannon Ken Van Dyke, sous-officier des forces spéciales de l'armée américaine, est poursuivi par le district sud de New York pour cinq chefs, dont fraude sur commodities et fraude électronique, annoncés le 23 avril 2026, à raison d'environ 409 881 dollars de gains sur des marchés liés au Venezuela. Il ne figure pas parmi les 152 portefeuilles identifiés par le rapport. À ce jour il s'agit d'une accusation, non d'une condamnation : une requête en irrecevabilité déposée le 31 juillet 2026 n'était pas tranchée au 5 août 2026.

Parier sur une opération militaire est-il un problème propre aux plateformes en blockchain ?
Le rapport ne permet pas de le dire. Ses auteurs précisent que leur analyse ne porte que sur Polymarket Global, seule des trois plateformes concernées dont les positions sont lisibles publiquement. Le carnet d'ordres de Polymarket US n'est pas transparent de la même manière, et les données de Kalshi doivent être demandées à Kalshi. Rien ne se déduit de cette absence de mesure, dans un sens comme dans l'autre.

La CFTC a-t-elle ouvert une enquête à la suite de ce rapport ?
Aucune saisine ouverte sur ce rapport n'est publique au 21 août 2026. Interrogé le 20 août, un porte-parole de la CFTC n'a pas commenté les conclusions et a indiqué que le régulateur poursuivrait strictement les manquements dans ce domaine, ayant déjà porté des charges dans au moins trois affaires.