Le CME attaque la CFTC pour avoir autorisé un contrat perpétuel. Un groupe lié à Hyperliquid a fait venir l'ancienne avocate en chef de l'État fédéral.
Une entreprise vient d'obtenir le feu vert d'une administration pour vendre un produit nouveau. Son concurrent historique porte la décision devant un juge. Et l'entreprise, elle, n'est pas dans la salle : le procès oppose l'administration à son concurrent, et son sort à elle se joue entre deux parties dont aucune n'est elle.
Qui peut attaquer une autorisation, et qui ne peut pas
Une administration américaine qui autorise un produit financier rend une décision, et cette décision peut être attaquée. Mais pas par n'importe qui. Le juge demande d'abord à celui qui se plaint de démontrer qu'il est réellement lésé, et pas seulement contrarié.
Pour un concurrent, la démonstration passe par une porte étroite. La jurisprudence lui reconnaît un préjudice quand l'action publique intensifie la concurrence sur un marché qui existait déjà : on lui prend une part d'un gâteau de taille fixe, le manque à gagner est direct et le juge l'entend. Hors de ce cas, la contrariété commerciale ne suffit pas.
Cette porte a une conséquence que personne ne remarque tant qu'elle ne sert pas. Le titulaire de l'autorisation reste hors du dossier, parce qu'il n'est ni demandeur ni défendeur. Il n'a rien à répondre, rien à déposer, et aucune tribune pour le faire.
Le 9 septembre 2026, quelqu'un a trouvé la seule porte qui restait, et il est entré par là.
Ce que le CME attaque, et depuis quand
Le Hyperliquid Policy Center a déposé ce jour-là un mémoire d'amicus curiae devant la cour fédérale du district de Columbia. Un amicus curiae est un tiers admis à écrire au juge sans être partie au procès : il éclaire, il ne décide rien. Le Hyperliquid Policy Center y soutient la CFTC, le régulateur américain des marchés à terme, et demande à la cour de rejeter la plainte que le CME Group a déposée contre elle.
Le CME et la CFTC s'affrontent sur cinq dates.
La CFTC approuve le 29 mai 2026 le contrat BTCPERP de la plateforme Kalshi, ainsi qu'une déclaration de politique générale sur les contrats perpétuels. Le CME attaque donc l'approbation d'un contrat nommé, accompagnée d'une déclaration, et non « les perpétuels aux États-Unis » comme la couverture le résume. Ce détail n'est rapporté que par une seule source à ce jour.
Le CME Group dépose sa plainte le 18 juin. La CFTC demande elle-même le rejet le 2 septembre. Le Hyperliquid Policy Center arrive en soutien le 9 septembre. Et le CME doit répondre au 2 octobre 2026.
Le Hyperliquid Policy Center mérite une précision, parce que la couverture l'écrase. Les sources le décrivent comme un groupe de plaidoyer lié à la fondation Hyperliquid, distinct du protocole lui-même. Aucune source publique n'établit le lien juridique formel entre les deux, et aucune n'indique qui finance le dépôt.
Deux arguments qui visent la porte, pas la pièce
Le Hyperliquid Policy Center laisse le contrat perpétuel entièrement de côté. Il ne plaide ni son utilité, ni sa sûreté, ni sa conformité. Il plaide que le CME n'a pas le droit d'être entendu, ce qui est une tout autre affaire.
Premier argument du Hyperliquid Policy Center, la qualité pour agir. Le CME s'appuie sur la doctrine du concurrent lésé, celle qui suppose un marché existant dont on redistribue les parts. Or la CFTC n'a rien redistribué, plaide le mémoire : elle a ouvert l'accès à un produit que le marché américain régulé n'offrait pas, et elle peut attirer des intervenants qui restaient à l'écart des contrats à terme datés, le produit historique du CME. Pas de gâteau redécoupé, donc pas de préjudice direct, donc pas de porte.
Second argument, le champ du Commodity Exchange Act. Le CME défend des intérêts qui tomberaient hors de ceux que protège le Commodity Exchange Act, texte qui promeut l'innovation responsable et la concurrence loyale entre bourses. Vouloir empêcher un concurrent d'exister est un intérêt que cette loi ignore.
Elizabeth Prelogar porte le mémoire. Solicitor General des États-Unis de 2021 à 2025, elle était l'avocate qui représentait l'État fédéral devant la Cour suprême. Elle écrit du CME qu'il fut un géant de l'innovation et qu'il avance aujourd'hui une théorie inédite, celle d'une bourse installée qui serait lésée chaque fois que son régulateur autorise un produit nouveau.
Ce que nous écrivions en mai sur le prix de ce risque
Le CME et l'ICE avaient saisi la CFTC contre Hyperliquid bien avant ce dépôt, et nous l'avions déjà noté.
Le 19 mai 2026, le pricing institutionnel de HYPE intégrait déjà une prime de risque procédurale, écrivions-nous, sur constat de cette saisine. Le marché avait inscrit ce risque dans le prix avant même qu'un juge s'en mêle.
Presque quatre mois plus tard, la configuration s'est retournée. Un groupe de plaidoyer lié à la fondation du protocole visé plaide aujourd'hui pour la CFTC, et il a retenu pour cela une ancienne Solicitor General des États-Unis. Aucune source n'indique qui finance ce dépôt. Le risque procédural déjà inscrit dans le prix en mai est devenu une dépense visible, et le litige porte désormais sur la procédure plutôt que sur le produit.
Ce cadrage demande une réserve, qui vaut pour toute la famille de dossiers. Il est tentant de lire l'affaire comme un opérateur installé défendant son monopole contre un entrant. Notre satellite du 3 septembre sur les marchés prédictifs devant la Cour suprême montrait que cette lecture manque son objet. Là-bas, le demandeur est un État. Les casinos licenciés se retrouvent du même côté que lui, non pour protéger une rente, mais parce que la thèse adverse, si elle prospère, les met eux-mêmes en infraction. Le CME peut très bien avoir un intérêt commercial et un grief recevable, et c'est au juge de le dire.
Ce que le 2 octobre décide pour un émetteur régulé
La cour peut clore ce dossier sur la seule recevabilité, sans jamais examiner si un contrat perpétuel a sa place sur un marché américain régulé. Le produit lui-même reste hors de portée du juge.
Ce qu'elle décide est ailleurs, et c'est plus large. Si la cour retient la qualité pour agir du CME, chaque autorisation délivrée par la CFTC ouvre une fenêtre de contentieux pour l'opérateur historique du produit concurrent. Le délai judiciaire devient alors l'outil de blocage le plus efficace du marché, puisqu'il coûte à sa cible sans avoir besoin d'aboutir. Le mémoire porte précisément cet avertissement, en soutenant que si le CME l'emporte, tout produit approuvé appellera un recours de ceux qui préfèrent l'état des choses.
Pour une plateforme régulée, un émetteur ou un fonds qui prépare un produit sous supervision de la CFTC, la ligne de coût change de nature. Elle passe de l'agrément au contentieux qui peut le suivre, et il faut désormais l'inscrire dans le calendrier comme dans le budget.
Le 28 août 2026, une cour d'appel a jugé que le silence de la CFTC ne valait pas autorisation pour les contrats sportifs de Kalshi. Elle a touché le fond au passage, en retenant que la substance de ces contrats était du pari sportif quel que soit le nom que Kalshi leur donnait. Nous écrivions alors que la portée de cet arrêt tient à deux conditions cumulatives, parce que le silence d'une agence ne protège pas un produit qu'une règle écrite interdisait déjà, et parce que c'est désormais un juge, non l'agence, qui dit ce que cette règle couvre. Ce que le secteur appelait « être régulé » désignait donc, dans les faits, le fait de ne pas avoir été arrêté. Là où aucun texte ne prohibe le produit, le silence continue de fonctionner comme avant.
Reste une chose que ce dépôt laisse intacte. La cour n'a rien jugé, un amicus curiae pèse le poids d'un argument et rien de plus, et le CME doit encore répondre. La première mesure utile est la date : le 2 octobre 2026.
Questions fréquentes
Que reproche exactement le CME à la CFTC ?
Le CME vise l'approbation du contrat BTCPERP de la plateforme Kalshi, le 29 mai 2026, accompagnée d'une déclaration de politique générale sur les contrats perpétuels. Son recours porte donc sur un contrat nommé, et non sur « l'agrément des perpétuels » en général comme la couverture le résume souvent. Ce détail n'est rapporté que par une seule source à ce jour.
Est-ce Hyperliquid qui a déposé le mémoire ?
Non. Le Hyperliquid Policy Center a déposé le mémoire, et les sources le décrivent comme un groupe de plaidoyer lié à la fondation Hyperliquid. Aucun lien juridique formel entre les deux n'est établi publiquement, et aucune source n'indique qui finance le dépôt.
Qu'est-ce que la cour va trancher, et quand ?
La cour tranchera la recevabilité de la plainte, pas la légalité des contrats perpétuels. Le CME doit répondre au 2 octobre 2026, la CFTC peut répliquer ensuite, puis la cour décide de rejeter l'affaire ou de la poursuivre.
Ce dépôt change-t-il quelque chose au statut des contrats perpétuels aux États-Unis ?
Non. Un amicus curiae n'a aucun pouvoir de décision, et la cour peut clore le dossier sur la seule question de recevabilité sans jamais examiner le fond.
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