36 % du bitcoin qui garantissait un actif d'Osmosis n'existe plus. La faille était chez un autre protocole, et c'est le trésor d'Osmosis qui paierait.
Un investisseur qui achète une part d'un panier n'a jamais choisi laquelle des maisons du panier garde son bien. Il connaît le total, il ignore la répartition, et il découvre les deux le jour où l'une des maisons fait défaut.
Ce qu'un actif unifié promet, et ce qu'il ne dit pas
Le bitcoin circule sur d'autres chaînes que la sienne sous forme de reçus. Un opérateur garde le bitcoin, il émet un jeton qui vaut droit de retrait, et ce jeton s'échange là où le bitcoin d'origine ne va pas. Chaque opérateur émet le sien, si bien que la même valeur existe en une dizaine de versions concurrentes, chacune avec sa propre garde et son propre risque.
Osmosis règle ce problème en les additionnant, comme d'autres places avant elle. Son actif unifié rassemble plusieurs de ces versions sous un seul jeton échangeable, concentre la liquidité, et promet une chose simple à celui qui le détient : une part vaut une unité du bien. Combien de versions exactement, et lesquelles au-delà de celle de Nomic, aucune source publique ne le documente.
La promesse tient tant que toutes les maisons du panier tiennent. Le détenteur n'a pas choisi laquelle garde sa part, il ne sait pas laquelle est la plus fragile, et il ne l'apprend qu'au moment du défaut. Ce jour-là, la promesse d'unité devient une clé de répartition de la perte.
Le 9 septembre 2026, Osmosis a découvert laquelle de ses maisons était la plus fragile.
Ce qui a cédé, et ce qui n'a pas cédé
L'attaquant a trouvé chez Nomic un mécanisme de transfert défaillant. Nomic laissait forger de faux justificatifs et dépenser deux fois le même nBTC, son bitcoin enveloppé. Les jetons ainsi fabriqués ont franchi le protocole de communication inter-chaînes vers Osmosis, où le système les a acceptés comme du collatéral valide.
L'attribution est propre, et c'est rare dans ce genre de dossier. Le protocole de communication inter-chaînes n'a pas été compromis. Les systèmes d'Osmosis n'ont pas été percés directement. Osmosis est le lieu du sinistre, Nomic en est la cause.
Cette précision décide de la portée du cas : un incident de plateforme se corrige chez la plateforme, un incident de composition de panier se corrige dans la conception de tous les paniers du marché.
Le chiffre du dossier
Nomic a laissé forger environ 39,84 nBTC, selon ce qui est rapporté de l'incident, soit environ 36 % du collatéral de l'actif Alloyed BTC et environ 30 % de l'exposition totale d'Osmosis au bitcoin. Aucune communication officielle de la plateforme n'a été relevée à une adresse vérifiable.
Osmosis a gelé 22,65 bitcoins sur une adresse liée à l'attaquant, par une mise à jour d'urgence, avant que les fonds ne bougent. La perte définitive dépend donc du sort de ces bitcoins gelés, qui n'est pas tranché.
Osmosis a suspendu la frappe, le rachat, les dépôts et les retraits de l'actif unifié. Le trading dans les pools de liquidité s'est poursuivi.
Osmosis a donc fermé la sortie vers le bitcoin, celle qui rend le sous-jacent, tout en maintenant le marché secondaire. Un professionnel qui suit le dossier peut donc encore céder son exposition, et un porteur qui ne le suit pas peut encore l'acheter. Geler les pools aurait figé toute la liquidité de la plateforme, ce qui rend l'arbitrage compréhensible ; il reste que les deux portes n'ouvrent pas sur la même information.
Liquid nous a rappelé le 7 septembre 2026 qu'un nombre affiché par un émetteur ne prouve pas grand-chose. Liquid affichait 100 % d'adossement pendant que sa réserve se vidait, et comparer la réserve à la circulation ne prouve rien d'autre que l'égalité de deux nombres. Ici les nombres sont d'une autre nature. Un chiffre qui dit que 36 % du collatéral a disparu accuse la plateforme plutôt qu'il ne la flatte, et c'est précisément ce qui le rend utilisable.
Hyperliquid avait déjà payé, mais pour son propre marché
Osmosis a annoncé vouloir soumettre à sa gouvernance deux choses : la saisie des bitcoins gelés, et l'usage du bitcoin que détient déjà son pool communautaire pour combler l'écart restant. L'objectif affiché est de rétablir la parité de l'actif unifié.
Hyperliquid a connu un geste voisin avant Osmosis. En mars 2025, le coffre de contrepartie partagé d'Hyperliquid a absorbé un trou de 13,5 millions de dollars au pic, après qu'un attaquant eut structuré une position sur le memecoin JELLYJELLY pour qu'elle soit liquidée contre lui. Les validateurs ont tranché en urgence, et Hyperliquid a délisté le marché en cause.
Ce qui est neuf tient dans la relation entre le payeur et le défaillant. Chez Hyperliquid, le coffre qui a payé était la contrepartie du marché où la perte est née : il en encaissait les gains, il en portait les pertes, et le contrat était clair même s'il était implicite. Chez Osmosis, le trésor appelé n'a jamais eu de relation avec Nomic. Il n'a perçu aucune commission sur son activité, il n'a signé aucun engagement de garantie, et il découvre son exposition en même temps que le public.
Osmosis franchirait donc une frontière que Hyperliquid n'avait pas franchie : la perte se déplacerait vers un tiers qui se trouvait simplement à côté.
C'est le passage d'une mutualisation interne à une garantie envers un tiers. Le montant est modeste. Le déplacement engage bien davantage.
Ce qu'un jeton de gouvernance peut désormais porter
Pour un investisseur qui évalue un jeton de gouvernance, le trésor du protocole figure d'ordinaire à l'actif : il finance le développement, les incitations, les subventions. Notre grille d'analyse d'un DAO sépare d'ailleurs ce que le trésor affiche de ce qu'il peut réellement dépenser, et l'autorisation du décaissement.
Cette affaire ajoute une ligne au passif. Un trésor mobilisable par vote pour couvrir la défaillance d'un tiers est un engagement conditionnel non provisionné : rien ne le chiffre, rien ne le plafonne, rien ne le déclenche automatiquement, et personne ne l'a souscrit. Les détenteurs du jeton deviennent les assureurs d'un risque qu'ils n'ont pas tarifé, sur décision d'une assemblée.
Deux questions en découlent pour qui doit décider. Quelle part du trésor est réellement disponible pour ce genre d'appel, une fois retirées les lignes déjà engagées. Et que se passe-t-il au sinistre suivant, quand le trou dépassera ce que le trésor peut absorber.
Osmosis n'a encore rien décidé de tout cela. Le protocole a annoncé son intention de soumettre une proposition à sa gouvernance, et rien de plus. Au 10 septembre 2026, aucun vote n'avait eu lieu, aucun numéro de proposition n'était publié, et aucun montant n'était arrêté. Une garantie qui se décide après le sinistre reste une espérance jusqu'au dépouillement.
Questions fréquentes
Osmosis a-t-il été piraté ?
Non. Nomic portait la faille, dans un mécanisme de transfert qui lui est propre. Les sources indiquent que le protocole de communication inter-chaînes n'a pas été compromis et que les systèmes d'Osmosis n'ont pas été percés directement. Osmosis est le lieu du sinistre, pas sa cause.
Combien de bitcoins manquent réellement derrière l'actif unifié ?
Environ 39,84 nBTC ont été compromis, soit environ 36 % du collatéral. Mais Osmosis a gelé 22,65 bitcoins sur une adresse liée à l'attaquant avant tout mouvement de fonds. La perte définitive dépend du sort de ces bitcoins, qui n'est pas tranché au 10 septembre 2026.
Qui paie quand le collatéral d'un actif unifié casse chez un émetteur tiers ?
La question reste ouverte. Osmosis a annoncé vouloir demander à ses détenteurs de jeton d'autoriser l'usage du pool communautaire. C'est une proposition soumise à gouvernance, pas une décision : aucun vote n'avait eu lieu au 10 septembre 2026, et aucun numéro de proposition n'est publié.
Les opérations ont-elles toutes été suspendues ?
Osmosis a suspendu la frappe, le rachat, les dépôts et les retraits de l'actif unifié. Le trading dans les pools de liquidité s'est poursuivi.
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